conférence

Lucienne PEIRY et Jacques BERCHTOLD

jacques berchtold et lucienne peiry

Le dimanche 26 mai 2019 à 17h

Fondation Martin Bodmer

Lucienne Peiry et Jacques Berchtold
Conférence autour de « UNIQUES – Cahiers écrits dessinés inimprimés ».
Exposition sous la direction de Thierry Davila, avec la collaboration de Jacques Berchtold, Nicolas Ducimetière et Christophe Imperiali.

Fondation Martin Bodmer
Route Martin Bodmer 19-21 – 1223 Cologny

Dimanche 26 mai 2019 – Entrée libre, dans la limite des places disponibles

17h – Musée | Visite de l’exposition commentée par le Prof. Jacques Berchtold, directeur de la Fondation Bodmer
18h – Salle historique | Conférence de Lucienne Peiry et Jacques Berchtold
19h – Jardin | Clôture de la Biennale avec un apéritif dînatoire.

L’exposition UNIQUES montre des cahiers et des carnets d’artistes, de philosophes, d’écrivains qui n’ont jamais été imprimés mais qui sont suffisamment travaillés, écrits, voire composés, pour constituer plus que des brouillons, des carnets d’étude ou de croquis : des livres à exemplaires uniques.

Le principe qui guide cette réunion d’objets n’est donc pas chronologique mais plastique : ce sont des parentés graphiques, visuelles qui légitiment des rapprochements entre, par exemple, une tablette cunéiforme et un ouvrage de Frédéric Bruly Bouabré. Au-delà du texte et de son contenu, il s’agit de montrer un certain nombre d’univers écrits, dessinés, tracés, coloriés dans des cahiers et des carnets qui tissent une familiarité visuelle – une amitié graphique – entre eux.
Les objets viennent pour l’essentiel de la collection du MAMCO – et donc de la période contemporaine – et de la Fondation Martin Bodmer – avec tout le recul historique qu’elle permet.
La sélection comprend aussi des exemplaires réalisés par des créatrices d’Art Brut, comme les cahiers d’Aloïse Corbaz et ceux de Constance Schwartzlin-Berberat.
Dans sa conférence, Lucienne Peiry évoque ces écrits d’Art Brut ainsi que d’autres, où les auteurs ne suivent pas les règles et les usages de la langue française. Aux conventions orthographiques et grammaticales, ils préfèrent les chemins de traverse, les anomalies linguistiques ou scripturales, ou encore le sens caché des mots. Diaristes extravagants, épistoliers donquichottesques, poètes utopistes, ils se lancent dans l’écriture dans un esprit d’inventivité et de désinvolture, avec la liberté de ceux qui n’ont plus rien à perdre ni à gagner. Ces écrivains singuliers sont des marginaux sociaux, des patients psychiatriques, des inadaptés. Ils n’ont pas eu le droit à la parole, mais qu’importe : ils s’en emparent, composant gratuitement et fiévreusement, dans le secret, le silence et la solitude de l’isolement.
Souvent, ces écrits ne sont adressés à personne, ou alors à un destinataire symbolique, imaginaire, à une entité spirituelle avec laquelle ils disent être reliés. Tous ces textes manuscrits apparaissent ainsi dans leur premier souffle, ne comportant aucune reprise, aucune variante, aucune correction. Les auteurs sont sans doute les premiers à s’enchanter des valeurs pictographiques des mots, à tel point que certains d’entre eux poussent l’aventure jusqu’à conjuguer la figure et l’écriture, réconciliant le verbe et l’image dans leurs dessins, leurs peintures et leurs broderies.

© Constance Schwartzlin-Berberat, Premier cahier du 162e, s.d [1ère décennie du XXe siècle], Sammlung Morgenthaler.