MARIO DEL CURTO


À PROPOS
DE MONIQUE MERCERAT

« J’ai toujours eu envie de dessiner, si on me laissait faire je dessinerais tout le temps, mes dessins racontent mes rêves, des visions de la nuit… »

Les dessins de Monique Mercerat jaillissent de la nuit, de sa nuit.
Colorés, entrelacés, comme des tapis persans, ils ont volé sous mes yeux il y a quatre ou cinq ans. Ils m’ont plu, m’ont intrigué. C’est ainsi qu’après avoir parcouru le monde pour photographier des artistes du bord des routes, je découvre Monique Mercerat qui vit en Suisse, à Genève. J’apprends, lors de rencontres épisodiques avec Nicole Reimann, qu’elle connait aussi Monique, car celle-ci fréquente régulièrement l’espace34 et son atelier. Nous partageons alors le même engouement pour ses dessins.
Quelques mots ont donc suffi pour que germe l’idée d’une publication, puis – pourquoi pas – d’un film, en phase avec la démarche que nous poursuivons avec Bastien Genoux depuis plusieurs années : être au plus près de la parole des créateurs et de leurs univers.

Monique Mercerat est autodidacte, elle tente à longueur de journée d’allumer des petits feux pour éclairer la nuit que fut sa vie, marquée par son handicap.
Monique est têtue, elle ronchonne souvent. Monique est perspicace et ne rechigne pas à la tâche. Monique est généreuse. Monique n’abandonne pas, jamais d’ailleurs : encore aujourd’hui, à 75 ans, elle suit des cours pour apprendre à lire et à écrire. L’idée de rater un cours a bien failli la faire renoncer au tournage dans le Jura, terre de son enfance.

Le tournage.
Comme dit un proverbe oriental : « le passé c’est le présent, le présent c’est le passé ». Nous avons dû remonter la route de la mémoire, enfouie sous les flocons du passé, tel le conducteur d’un chasse neige silencieux. Monique et ses proches, assis à côté du chauffeur afin de retrouver la maison de famille, celle de son père aussi, avec qui elle vécut seule, longtemps. Découvrir l’école de son professeur, celui qui rejetait Monique, le préau où elle n’a pu s’empêcher, malgré ses douleurs, de jouer à la marelle sous nos yeux écarquillés. Nous avons vu aussi le cimetière habillé de douleurs, le sapin recouvert de pives qui abrite les cendres du père.
Nous avons tourné quelques jours à Aigues Vertes, l’institution qui l’accueille, l’encadre, organise une partie de sa vie. C’est là que Monique se bat pour son autonomie, ne se laisse pas faire. C’est aussi là qu’elle participe à des cours de chant, de théâtre, de dessin, d’écriture…
Notre envie est de tisser un film avec la parole et l’univers de Monique, entre ombre et lumière, passé et présent et bien sûr, avec Monique, qui tout au long du tournage a joué le jeu comme une grande actrice.

Mario Del Curto
Photographe et réalisateur